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Témoignages du Sud


DESERT QUAND TU N0US TIENS ou naissance dune passion

Je vais essayer de vous conter comment le jeune algérois que j’étais se retrouva plongé, sans y avoir jamais été prédestiné, dans un extraordinaire univers saharien qui compte, désormais, parmi les passions essentielles de son existence. Je vous parlerai d’une grande portion de notre territoire national qui constitue, incontestablement, la spécificité première du tourisme algérien, à savoir l’immense ensemble du Hoggar et du Tassili, que l’on appelle communément, dans le jargon touristique, le grand sud algérien et dont les capitales respectives sont Tamanrasset et Djanet.

Krimo

Par un pur et heureux hasard, en 1970, alors que j’avais failli, quelque mois auparavant, entamer à l’étranger une formation de technicien chimiste, me voilà employé au sein de l’agence touristique algérienne ( A.T.A) qui présidait, en ce temps là, aux destinés de la commercialisation du produit touristique algérien dans son sens large, pendant que 2 autres sociétés, étatiques également, avaient la charge du volet hôtelier, à savoir la SONATOUR pour les hôtels urbains, sahariens et climatiques et la SONATHERM, comme son nom l’indiquait, pour les stations thermales. J’avais 20 ans, en ce temps là, et je vous laisse imaginer l’immensité de la frustration que suscita en moi le refus parental de participer à ce fameux stage de technicien chimiste à l’étranger.

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Cependant, très rapidement, j’ai compris que ma vocation était ailleurs et rien que de penser à la probabilité d’y avoir effectivement participé me donne encore, aujourd’hui, la chair de poule. En effet, peut-on seulement imaginer l’échange de l’extraordinaire sensation de liberté et de bien être que l’on ressent au contact de nos immensités sahariennes contre le triste enfermement d’un laboratoire.

Depuis, je rends grâce à la bonne étoile qui m’épargna un avenir professionnel en lequel je ne me serai certainement jamais reconnu. J’en arrive à mes premiers dans le désert, si vous voulez en savoir plus. En 1971, notre agence fût sollicitée par SONATRACH, pour la prise en charge des prestations terrestres, à savoir, transport, hébergement et nourriture, en faveur des participants, nationaux et étrangers, à un séminaire géologique qui devait se tenir à la plaine de Dider, nom d’un lieu situé à quelques 170 km au nord de Djanet, sur la nationale 3. Il s’agissait pour notre agence de monter en plein désert, un immense camp de toile. Aussi, l’apport de volontaires était sollicité, ce qui m’amena, spontanément, à proposer mes services en qualité d’amateur avisé en camping, alors que je n’avais encore jamais vu monter une tente auparavant. C’était, sans nul doute, ce que d’aucuns appelleraient l’appel du désert. Plus de 2000 km de route, depuis Alger, nous conduisirent jusqu’à Dider. J’allais d’émerveillement en émerveillement… A L’Atlas tellien, et limitant au sud les hautes plaines, succéda l’Atlas saharien, annonciateur des havres de paix que sont les oasis. Ebloui par la limpidité et l’intensité d’une lumière inhabituelle, je découvrais successivement, Laghouat, Ghardaïa puis Ouargla ; chacune de ces oasis ayant ses propres caractéristiques aux triples plans linguistique, vestimentaire et architectural, que je me promettais de mieux connaître ultérieurement. Passé Ouargla, l’univers dunaire fit son apparition, jusqu’en centre pétrolier de Hassi Messaoud, mais bien au-delà encore, jusqu’aux confins du Grand Erg Oriental, caractérisé par une succession ininterrompue de dunes impressionnantes. Hormis quelques bases pétrolières, que nous reconnaissions à leurs torchères, un no mens land de 700 km séparait Hassi Messaoud d’In Amenas, sans pour autant que je ressente, le moins du monde, une quelconque lassitude, contemplatif que j’étais du foisonnement d’images qui s’offrait à mes yeux ébahis, à mes yeux éblouis par cette exubérance de couleurs et de lumières.

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L’immensité de mon Algérie m’impressionnait. Tout de suite après In Aménas, plus précisément à El-Abed-Larache, le goudron cessa subitement pour laisser place à la piste… La piste, la vraie ! Celle qui, sur 700 km, nous fera vaciller, nous ballottera, qui fera se soulever des nuages de poussière jusqu’à Djanet. Nous sommes déjà en territoire Touareg, ces êtres impressionnants, que nous connaissions si peu en ce temps là, ces êtres que l’on nommait ‘hommes bleus’ à cause de l’indigo de leurs chèches qui déteignait sur leur peau. Illizi, siège prospère de wilaya aujourd’hui n’était, en ce temps là, qu’un minuscule hameau où les touaregs, nomades par excellence, venaient s’approvisionner. Leur apparition, fièrement juchés sur d’impressionnants méharis, parlant une langue, le tamahak, dont nous ne comprenions rien, mis à part quelques racines berbères, les conforta dans leur mystère, C’en était trop pour mes yeux incrédules et je me promis, bien évidemment, d’en savoir, plus tard, un peu plus. Si jusqu’à Illizi, et depuis pratiquement Hassi Messaoud, notre environnement était constitué par une alternance de superbes paysages dunaires et d’immenses plaines, le plus souvent sablonneuses, nous allions, dès le sortir d’Illizi, nous plonger dans l’univers exclusivement minéral où la roche déchiquetée, omniprésente, brûlée par un soleil généreux, constituait, à la faveur des remontés d’oxydes, un paysage quasi-lunaire au sein duquel serpentait, en d’impressionnants dénivelés, notre piste rocailleuse.

La présence inattendue, en ces terres d’apparence absolument stérile, du premier troupeau de gazelles, relevait du miracle et accentuait mon ébahissement devant tant et tant de surprenantes découvertes. Et surtout, qu’en matière de faune, je n’en avais pas fini avec les surprises, puisque, tout au long de la journée et d’une partie de la nuit qui nous séparait de Dider, nous eûmes le loisir de voir plusieurs chacals, un fennec, des lapins, des perdrix, plusieurs types d’oiseaux, des lézards, du plus petit au fouette queue, ainsi que beaucoup d’autres gazelles encore. J’ai appris plus tard, qu’à la faveur des rares pluies, subsistait, dans d’innombrables oueds une flore étonnamment variée, et parfois même abondante, lorsque les précipitations y concourraient. Une flore, en tout cas suffisante, depuis des millénaires, pour que la vie demeurât. Plus tard, j’ai appris également, que de part et d’autre de notre piste, existait, au sein de cet univers chaotique, plusieurs localités, habités en permanence par quelques familles, où l’eau coulait continuellement, autorisant même une agriculture rudimentaire. Lors de ce premier périple, nous avions même effleuré l’oasis d’Iherir, qui se trouvait à seulement une vingtaine de km de notre piste, à mi chemin entre Illizi et Djanet, où une eau permanente, comme j’ai eu le loisir de le découvrir plus tard, coulait abondamment, alimentant une succession d’immenses gueltas prés desquelles vivait paisiblement, en sédentaire, une petite communié touareg. L’inimaginable pouvait, mais non, était tout simplement vrai. En milieu de l’après midi du cinquième jour, nous arrivâmes à Dider, but de notre périple. Avant que n’arrivent, par avion à Djanet, nos géologues, nous avions 48h devant nous pour la mise en place du campement qui fût installé dans un magnifique cirque, sur un lit d’oued au sable blanc immaculé.

J’ai découvert, dès le lendemain matin, le pourquoi du choix de ce site car nous jouxtions un haut lieu de l’art pariétal. En effet, à quelques encablures du campement, se trouvent, à flanc de montagne, une multitude de superbes gravures représentant divers animaux, dont l’antilope qui figure aujourd’hui sur nos billets de cent dinars ; je découvrais, stupéfait, l’existence de cet art dont j’appris, plus tard, qu’il daterait d’une dizaine de milliers d’années. Inexplicablement, naissait en moi une passion grandissante, dont je ne mesurais pas encore ni le sens ni la portée, mais qui faisait se grouiller dans ma tête d’énormes projets d’avenir. Pendant que j’écris ces quelques lignes, je suis extrêmement surpris de constater que, malgré les quelques décennies qui me séparent de cette initiation saharienne, les souvenirs que je narre ont refait surface avec une extraordinaire fraîcheur tout en conservant la même intensité émotionnelle que j’avais ressentie au vécu de ces événements.

KRIMO KETTANI


DESERT QUAND TU NOUS TIENS ou naissance d’une passion : Suite

En relisant la première partie de mon récit, j’ai constaté, non sans étonnement, que je ne vous avais rien dit au sujet d’une surprenante découverte qui va vous paraître, probablement, absurde. Il s’agit, tout simplement, de la voute céleste, oui, de notre ciel, vu de nuit et de la myriade d’astres qui le sillonnent inlassablement, à commencer par le plus proche et le plus mystérieux d’entre eux, à savoir la lune. La lune, c’est bien d’elle qu’il s’agit, que je découvris, avec admiration, à vingt ans seulement. Je doute d’être le seul à avoir vécu pareille ignorance. En effet, de nuit, qui de nous, enfermés que nous sommes dans nos cloisonnements citadins, pourrait prétendre connaître, pour l’avoir observée, la complexité de l’immuable mouvement lunaire. A la faveur de mes bivouacs sahariens, j’ai appris, nuit après nuit, à observer les changements de figure de ce fidèle satellite de notre bonne vielle terre, changements que l’on nomme communément les phases. Absente quelques jours, voilà que la lune apparaît, un soir, à l’ouest, sous sa plus petite forme, un filet de lumière, un croissant, qui va gagner progressivement en largeur. S’éloignant chaque jour du couchant, elle s’intensifiera en lumière jusqu’à être dans son premier quartier, à savoir un demi cercle. Poursuivant son éternelle route, elle reculera chaque soir vers l’orient, pour devenir pleine lune vers le quatorzième jour, irradiant nos nuits de sa douce clarté. C’est à ce moment qu’elle atteint sa magnificence. Son disque entièrement lumineux apparaît, à présent, dès l’entrée de la nuit, pour nous accompagner de son vif éclat jusqu’au lever du jour. Puis, retardant, nuit après nuit, son apparition, elle s’évidera petit à petit, présentant en sens inverse, les phases déjà observées, c’est-à-dire de nouveau, son dernier quartier sous la forme d’un demi cercle pour finir en un croissant, de plus en plus petit, vers la fin de la quatrième semaine. Véritable mesure du temps qui passe, la lune servit certainement à l’homme, depuis ses origines, mais encore, aujourd’hui, pour beaucoup de peuples, de véritable horloge naturelle pour régler ses diverses activités , qu’elles soient économiques, culturelles ou religieuses. Il faut, quand même, que je vous dise un petit mot sur les étoiles, à l’observation desquelles, je réservais, au nord, autant de détachement et d’indifférence que pour la lune; des étoiles que je regardais en fait sans donc réellement les voir. Quel fabuleux spectacle, mes amis, que celui du ciel, vu en plein désert lorsqu’il est débarrassé du voile lumineux de nos cités urbaines. Chaque nuit, dans une limpidité incomparable, la voute céleste me gratifiait du spectacle grandiose, du spectacle féerique, de ses astres cheminant inlassablement dans l’immensité de notre univers. A chacune de mes nuits sahariennes, je retardais le plus possible mon sommeil pour jouir, le plus possible, de ces immenses instants de bonheur. J’espère ne pas vous avoir trop ennuyé avec mes élucubrations astrales et ose espérer qu’elles sauront susciter, en beaucoup d’entre vous, le désir d’en savoir un petit peu plus sur ces extraordinaires phénomènes célestes. Je ferme, promis, définitivement, la parenthèse des cieux, pour revenir à Dider, là, où si vous vous souvenez bien de mon premier récit, nos géologues étaient en travaux. Leur congrès cessa pour qu’arriva, enfin, pour moi, le moment tant attendu de continuer la route vers l’enchanteresse Djanet où mes désirs secrets m’emportaient. Après le chaos essentiellement minéral du Fadnoun, La plaine de Dider ouvrait la voie à une succession de grands regs, annonciateur de l’immensité sablonneuse du Ténéré. Ce désert absolu, de plus d’un million de km carrés, ou pas âme ne vivrait, s’étend pratiquement, d’est en ouest, du Hoggar au Tibesti, avec comme limites, au sud, le Grand Erg de Bilma au Niger. A 140 km de Djanet, soit déjà à plus de 300 km d’Illizi, je rencontre, enfin, la première présence humaine constituée de quelques familles vivant, dans des zéribas, huttes traditionnelles, réalisées à partir du tahli, une plante locale très robuste de 2 à 3 mètres de hauteur pour 3 à 4 centimètres de largeur, poussant dans quelques lits d’oueds et qui sert, de nos jours encore, dans toute la région du Hoggar et du Tassili, à la réalisation de ces abris locaux. Les touaregs nomment ce lieu Zaouatallaz, où les méharistes français avaient érigé un poste militaire du nom de Fort Gardel et que notre administration nomma, plus tard, Bordj Haoues. Ces trois appellations sont indifféremment usitées aujourd’hui pour dénommer ce chef lieu communal à la situation géographique stratégique, puisque se trouvant à la croisée des routes menant du nord vers Djanet et de Djanet vers Tamanrasset. Bien évidemment, il ne subsiste, à présent, plus rien de ce que j’avais découvert en ce temps là, puisque Zaoutallaz constitue aujourd’hui une grande et paisible agglomération dotée de toutes les commodités. Tout au long de notre route, de splendides formations gréseuses, aux formes les plus inattendues, sculptées depuis des millions d’années par les vents, les eaux et les amplitudes thermiques, épousent harmonieusement les sables qui les enserrent. Dés le sortir de Zaoutallaz, la piste se fit essentiellement sablonneuse et toute l’expérience de notre chauffeur n’empêcha pas quelques bons ensablements dont nous nous libérâmes dans la bonne humeur. Sur la centaine de km qui suivit, nous roulions, d’ouest en est, dans une espèce de large couloir, bordé à droite par l’immensité dunaire de l’Erg Admer, dont les sables venaient jusqu’à nous, pour s’en aller finir, à notre gauche, coté nord, sur les escarpements rocheux du piémont tassilien. Pour parfaire ce décor enchanteur, que seul l’œil pourrait décrire, des oueds, à sec, mais à la végétation étonnement généreuse où un grand arbre, le tamaris, dominait, venaient apporter une touche de tendresse, une touche de vie, là où tout semblait stérile. L’acacia, cet autre arbre mythique du désert, se faisait désirer en ces lieux, n’apparaissant que très rarement. Plus tard, j’ai eu souvent le loisir de parcourir d’interminables oueds où l’acacia régnait en maître, paré, au printemps, de ses belles fleurs jaunes en forme de boule que les touaregs dénomment tafsit; cette appellation désigne également le printemps dont elles sont les belles annonciatrices. Plus Djanet, dont le nom résonne imperturbablement dans ma tête depuis que je m’y dirige, se fait proche, plus mon impatience et mon irrésistible besoin d’en fouler le sol, augmentent.

A suivre… Abdel-Krim Sid-Ali Kettani


 Qui a peur des gros cailloux, c’est pas

CE MATIN, réveil sous la couette, au chaud, à l’abri, un simple radio réveil sur lequel on presse un bouton à répétition, au cas ou on s’oublierait un peu trop. Mais où est donc passée la magie de nos réveils matinaux dans le désert, orchestrés par le sifflet tonitruant de Nasser ou bien la voix douce et chaleureuse de Djahida??? Ce séjour saharien qui me manque avec le recul. Une merveilleuse révélation en ce qui me concerne, Moi, Myriam, pas sportive pour un sou, comme quoi, il ne faut jamais se reposer sur des à priori et des vérités préconçues. Bref, j’ai vite été plongée dans un univers inconnu, mais qui au fil du temps m’a plu, et, je dirais même plus, m’a convaincu ( entre nous pas toujours, mais bon, chut!!!, ça fait toujours bien de l’écrire). Oui!!!, un programme plus que costaud, d’ailleurs, rappelez moi qui est l’initiateur de ce périple presque inhumain???, et, je l’ai fait, NOUS, l’avons fait, avec la rage au ventre, sans en démordre, nous avons avalé des kilomètres et des kilomètres ( Pardon, pour les habitués, pour qui cela a été une promenade d’agrément), mais en ce qui me concerne mes jambes s’en souviennent encore. Des journées qui m’ont parues une éternité sur le moment, mais qui finalement sont passées vitesse grand V, d’autant que ce séjour s’est enrichit de rencontres plus formidables les unes que les autres, différentes personnalités, n’ayant apparemment aucun intérêt en commun, mais une seule et unique passion, celle du sport, et pour cela, je tire ma révérence à toutes et tous. Je dois avouer que la peur au ventre est apparue lors du départ d’Alger, lorsque je fis connaissance du groupe, dans ma tête c’était la 4ème dimension. WOuah!!!, c’est vraiment pas je rigole, ils m’ont tous l’air super sportifs, en plus dès le départ, déjà des défis drastiques quant à une alimentation plus que restrictive lors de ce circuit, et quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je me rendis compte, qu’il s’agissait d’une grande majorité d’hommes, dont mon cher cousin Krimo, qui avait bien l’intention de perdre un sur poids à mes yeux inexistant. Ah! Les hommes!!!!. Moi, ma seule et unique préoccupation était :  » Vais-je arriver à marcher autant???? », Remarquez, il était bien temps d’y penser, tant mieux , car si j’avais mis mon nez un peu plus tôt dans le programme, j’aurai commencé à psychoter depuis trop longtemps. Nous voilà donc embarqués pour un vol via Tamanrasset, entrecoupé de 2 escales ( Ouargla et In Salah), à bord d’un ATR( 1 des avions les plus sûre au monde, dixit Krimo). Lors d’une escale, nous a rejoint Imane, en pleine forme, Oui, au départ d’Alger, le groupe n’était pas au complet, il nous restait encore à retrouver Samia et Fatiha à Tamanrasset ( Elles ont préféré un vol plus privé….). Arrivés à Tamanrasset, pas de musique d’accueil à l’aéroport, quel dommage, j’attendais la musique habituelle de » Macadam cow-boy », mais rien. Après récupération de nos bagages, et leur installation dans les véhicules, nous voilà partis à pied à la recherche de notre bivouac, quelques mètres d’asphaltes et nous commençons à palper enfin le sable de la piste via notre dortoir à ciel ouvert. Nous voilà enfin arrivés au bivouac, nombre de kilomètres??? je ne sais pas au juste, mais je sais qu’il faisait déjà bien nuit. Enfin!!! les grands espaces, le silence, petit détail de la vie citadine, de grandes lignes hautes tensions¨au dessus de nos têtes. Heureusement, ce soir là, le temps n’était pas à l’orage.De toute façon, ce détail n’a altéré en rien mon désir impatient de dormir sous cette fabuleuse pluie d’étoiles que seul le paysage saharien m’a jusqu’à présent offert. Pensant avoir un duvet High-tech+1 sur sac( selon les dires de Krimo), défiant les froids les plus polaires, j’ai passé la 1ère nuit transie de froid, tel un glaçon dans un congel, sauf que le glaçon, c’est son job d’être au congel. Vous pensez bien que la, et, les nuits qui suivirent, la tente s’imposait. heureusement que Krimo, encore lui, avait pensé à sa cousine. Mais vous allez rire, sur les 12 tentes achetées, seule la sienne était défectueuse, ce qui ne m’a pas empêché de l’utiliser. Aprés un réveil fracassant( Ah, ça je ne suis pas vraiment du matin!!!), et le petit déjeuner (plus que copieux), nous voici partis pour notre périple d’une quarantaine de kilomètres, et là, je préférais ne pas y penser. Ce qui m’a marqué, c’est que tous étaient en forme pendant la marche, j’entendais des chants au loin, on reconnaissait facilement la voix de Nasser, toujours prêt à entonner un air et faire emboîter le pas aux autres. Sinon, si vous préfériez être bercé, par une voix douce et régulière, il fallait marcher non loin de Chakib, ouvert d’esprit, toujours soif de connaissance, et un goût particulier pour les chansons à texte. Oups!!!, j’oubliais sa dextérité à dessiner sa bouche au rouge à lèvre, ( qui t’as dit que ça ne se saurait pas Chakib!!??). Les choses sérieuses commençaient, déjà un peloton de tête, plutôt féminin, bravo les filles, Moi, plutôt dans les derniers, si ce n’est pas la dernière, de toute façon, je ne pouvais aller plus vite, j’étais à fond. Ma grosse angoisse était de retarder le groupe, mais en même temps, on allait forcement se retrouver.

Notre guide Touareg Atmane, était encore bien loin d’imaginer à qui il avait réellement affaire, il le découvrit lors de la première journée, suffisante pour en tirer les conclusions suivantes: Ce groupe est vraiment fou!!!. Djahida, ma compagne pour la route avait toujours un ton rassurant et un petit mot d’encouragement pour moi, on dirait pas mais, ça compte énormément. J’ai constaté que dans l’effort, parfois on oublie de lever la tête, et d’admirer la splendeur qui nous entoure, mais lors de cette 1ère journée, j’ai surtout regardé mes pieds et le sol, assez difficile à marcher, car très rocailleux.Longue!!!, qu’est-ce qu’elle était longue cette journée, normal, je n’avais jamais marché 40 km, alors vous pensez bien qu’apprécier la distance à pied, ce n’étais pas trop de mon ressort.Quelle fut ma joie, lorsque je vis enfin les véhicules au loin. A l’arrivée, une seule envie, m’affaler et ne plus bouger, mais comme le jour arrivait à sa fin, il fallait s’activer pour trouver un emplacement pour la nuit, et découvrir la joie de dormir sous une tente. Heureusement, Krimo, toujours plein d’énergie m’aida à monter mon toit pour la nuit, mais où puise-t-il toute cette énergie??!!. Ce soir là, nous fîmes connaissance de Lahcen, notre chamelier pour la semaine, que Krimo a connu 20 ans auparavant, lors d’une traversée Tam/Djanet, ou l’inverse, Ah, ça!!!, ça ne le rajeunit pas!!. Bref, après un repas reconstituant, tant au niveau moral que physique, il s’agissait de parler du programme du lendemain, qui devait nous conduire au refuge de L’Assekrem. Ne comprenant pas toujours ce qu’il se disait ( dû à mes lacunes en arabe), je ne comprenais que les chiffres, soit 45 à 50km. Frappée d’effroi, je me suis dis, c’est sûre, c’est demain le grand jour de la capitulation, du jeté d’éponge, du grand j’abandonne, car même si notre guide pourtant habitué à marcher, n’était pas très entrain pour faire le parcours d’une traite, comment, moi!!! simple novice, j’aurais pu y arriver??? Après de multiples débats, c’était décidé, le lendemain soir nous serions au chaud, au refuge de l’Assekrem, au pied de l’emblématique Ermitage d’été du Père Charles de Foucault. Aie, Aie, Aie….

Nuit courte, mais récupératrice, réveil dur, dur, mais après le petit déjeuner, je me sentais plus en état pour attaquer ce fameux parcours, qui avait valu de longs moments de débats. On attaquait la grimpette, et, déjà, la marche se révélait beaucoup plus silencieuse, ou bien étais-je tellement concentrée, que je n’entendais plus rien.On commençait à ressentir le manque d’oxygène, l’effort s’accroissait, et le moral était en dent de scie. Allez, faut y aller!!!, parfois on n’a pas le choix. Ah, ce jour là, je ne rigolais plus, est-ce que les autres souffraient aussi, ou bien étais-je la seule à vivre ce grand moment de solitude? J’avais toujours l’impression que ceux qui étaient devant courraient, et que moi, je me traînais, telle une limace( sans la bave, bien sûre).C’est dans ces moments que l’on se retrouve face à soi-même, et que le mental prend le dessus sur tout. A chaque fois que Djahida me demandait si ça allait, je lui répondais,  » Tu sais Djahidoune, c’est avec ma tête que je marche ». Quand on a commencé à apercevoir le refuge, Atmane nous attendait, lui aussi était épuisé. Le refuge??? j’avais juste l’impression qu’il était encore à des heures de marche, et que même si nous marchions et marchions, nous n’y arriverions jamais. Même un des véhicule avait décidé de faire grève ce jour là, lorsque ce dernier s’est rétabli j’ai entrevu Atmane se glisser à son bord, et moi je mettais un pied devant l’autre, et je n’avais pas l’impression d’avancer. A peine arrivée au refuge, je n’avais qu’une envie, crier, hurler. Pourquoi??? et bien parce que j’y étais arrivée, chose que je n’aurais jamais imaginé.Par contre, et c’était clair, il ne fallait plus rien me demander, ni mon corps, ni ma tête ne répondaient présents. J’avais juste l’impression de tout survoler, cela va vous paraître prétentieux, mais j’étais en lévitation, comme après avoir consommé des paradis artificiels ( je vous rassure, je ne suis pas consommatrice, comme quoi ce n’est pas nécessaire). La lévitation fut de courte durée, déjà il fallait se porter jusqu’à la chambrée des filles, quant à celle des garçons, pour en avoir jeté un coup d’oeil rapide, elle s’était transformée en centre de remise en forme. Zinou, était sur tous les fronts, étirements musculaires, massages réparateurs. Nous les filles, on était trop claquées pour que l’une d’entre nous ne se dévoue à masser les autres. En plus, notre consoeur, Samia commençait à se sentir très mal, diagnostic de notre ami docteur Omar, que j’ai surnommé docteur Cache-cache,(toujours enroulé dans son chèche ou enfermé dans son bonnet) : un début de sinusite.Il prit très rapidement les choses en main, et lui administra des gouttes, qui la remirent en forme très rapidement.L’heure du repas sonnait déjà, au menu, un couscous, Excellent, habituée à le manger avec du lait, je me suis surprise à l’engloutir tel quel, hummm!!! régalade!!!!

En tout cas, ce soir là, il n’était pas question de veiller, le coucher s’est tout de même fait vers 22h00, nous avons profité d’un levé de lune, un merveilleux moment pour moi, c’était la première fois que je voyais ça, quelque chose d’inoubliable. Une petite nuit, mais au chaud, maux d’estomac pour Anissa, réveil à 5 h00 pour ceux qui souhaitaient apprécier l’ascension du soleil de l’Ermitage, moi, non par fainéantise mais pour des douleurs aux jambes, je suis restée au lit. Au fait, surtout, une chose à éviter au refuge, les commodités, matin ou soir, je crois que le résultat reste le même, alors, la nature reste encore ici la meilleure prérogative. Il s’agissait pour cette nouvelle journée, d’une marche relaxe, nous devions rejoindre Le plateau d’Affilal, un site magnifique entouré de Gueltas où l’eau n’y est pas spécialement chaude, d’ailleurs sur le chemin, nous avons eu un avant goût de la température de l’eau, une guelta complètement gelée.Le paysage que nous traversions était splendide, nous passions par des canyons entourés de verdure, et d’eau, un paysage féerique, mais, appréciation de courte durée, car la suite se révélait beaucoup moins sympa, un paysage plutôt lunaire, rocailleux, pas trop facile d’accès, il ne fallait surtout pas quitter le sentier naturel ( encore fallait-il le retrouver au milieu de toutes ces pierres!!!).C’est vrai que la marche était plutôt pépère, en route nous retrouvions Lahcen notre chamelier accompagné de 4 dromadaires, ce qui nous a valu une large pause photos, et de pouvoir admirer le pare terre d’oseille sauvage très présent à cette période de l’année.Ce jour là, nous avions notre premier blessé de guerre, Marzac, c’est le premier à avoir grimpé sur le dromadaire.C’est plutôt sympa de marcher au rythme des dromadaires, en revanche, ils vont assez vite, et ça on ne s’en rend pas compte tout de suite, ce qui ne m’a pas empêché de rester à ma place initiale, soit en fin de course. Je n’étais pas mécontente de voir se profiler au loin la cabane en tôle d’Affilal, car la marche était peut-être cool, mais longue. Ce jour là un soleil radieux nous accueillait, et afin de ne pas en finir avec les bonnes surprises, Krimo, nous annonce que nous auront le plaisir de bivouaquer sur place, et de facto, que nous avions quartier libre pour le reste de la journée.

Nous avons donc monté nos tentes rapidement, (j’avais juste l’impression de l’avoir démonté une heure auparavant), puis nous nous sommes pratiquement tous dirigés vers les gueltas, où nous avons pu constater que les hommes étaient déjà à l’ouvrage de la toilette( équipement à l’appui : miroirs, rasoirs, mousse à raser, peigne, enfin tout le petit nécessaire pour se faire une petite beauté, de vraies petites femmes quoi!!!). Pour les plus courageux, baignade ou insertion rapide dans une eau avoisinant les 5°C. Encore un grand bravo à Smaïn, qui est resté immergé bien 30 minutes. Les filles???, et bien, on va dire qu’on a été beaucoup moins téméraires, juste une trempouille des jambes afin de faire un retour veineux vivifiant. Il était encore tôt, mais apparemment près d’un point d’eau , il fait vite beaucoup plus froid, sur notre retour au bivouac, passage obligé à la boutique de souvenirs tenue par un petit monsieur, toujours seul, et présent plusieurs mois dans l’année, petit moments d’humour, un vrai enchantement. Ce soir là, repas au coin du feu, le froid commençait à devenir glacial, et même le feu ne suffisait pas au réchauffement. Une grande décision qui allait changer le cours de nos repas pendant la semaine s’est prise ce soir là. Mustapha et Djahidoune se sont auto-proclamés serveurs officiels pour le reste du séjour, et ce fut une sage décision (compte tenu de l’anarchie qui régnait lors des repas, je pense que certains ou même certaines s’en souviennent), le reste du séjour s’est déroulé dans le calme et l’organisation. La soirée???, elle fut douce et animée par le désir de chanter de la part des filles. La première , fut Imane, qui commença à chanter dans sa tente, que je nommais, le salon, car attention!!!! la tente d’Imane, c’était le Q.G, un havre de paix, éclairé et chauffé par la chaleur de sa bougie, et accueillante à tout moment.Cela se prolongeait par les chants de Djahida, Samia et Fatiha. Vous pouvez constater que moi, je ne chantais pas, je les écoutais et je passais commande des chansons que je voulais entendre. D’après Krimo, le fait que les femmes chantent signifie un appel,un appel, attirant la gentes masculine, ce qui n’a pas manqué. Je pouvais déjà reconnaître les voix de Dahmane et Chakib s’approcher. Ils continuèrent sur la lancée des filles, et finirent par me bercer à tel point que je n’ai pas eu le temps de réfléchir pour m’endormir. Le lendemain, nous pouvions constater qu’il avait gelé dans la nuit, le ruisseau qui coulait au pied de notre bivouac la veille, restait statique ce jour là. Froid dehors????, pas du tout, je crois que je ne me suis jamais habillée aussi vite. Ce jour là, je gagnait un bâton de ski supplémentaire que Hakim me prêtait, mais y avait-il un message subliminal????, sur le moment, je n’avais pas encore compris que les bons moments de la veille, j’allais les payer ce jour là, jour le plus terrible pour moi. Merci, Oui, merci Krimo pour ton cadeau empoisonné. Nous devions rejoindre le site de Tanget, je commençais le trajet avec mes 2 bâtons de ski, je slalomais entre les pierres, oui c’était rigolo, mais ça n’a pas duré longtemps. Je marchais, et j’étais plutôt loin d’avoir la forme.Le groupe???, je ne le voyais plus, une douleur insoutenable commençait à immobiliser ma jambe droite, je pouvais à peine lever le pied, ça a durer un petit moment, Zinou, devant moi, se retournait constamment, ce qui me faisait comprendre, soit qu’il compatissait, soit qu’il fallait que j’aille plus vite, je l’ai finalement laisser prendre de l’avance, et lorsque je me suis retrouvée seule, je me suis surprise à pleurer. Ce n’est pas que j’avais envie de pleurer, mais les larmes coulaient toutes seules, le mental???, mais où était-il passé celui-là???, en plus il était hors de question à penser à un véhicule d’assistance, car ce jour là, pas de voiture pour toute la journée, elles ont dû faire un détour de 160km, faute de piste carrossable.Mais comment allais je faire??? J’attendais que Krimo qui fermait la marche me donne enfin un diantalvic, que je m’étais refusée de prendre jusqu’à ce jour, oui, j’étais prête à prendre n’importe quoi, pourvu que cette douleur cesse.Quelle chance que Docteur Abder fermait la marche avec Krimo, j’ai commencé par un diantalvic, puis 1 lors de notre pause déjeuner, Abder me donna un anti-inflammatoire magique qui répondait au nom de « Celebrex », quel magnifique nom, un enchantement, non seulement il calmait la douleur, mais en plus je retrouvais une pêche d’enfer. Bon allez Abder, maintenant, tu peux me le dire, qu’est-ce qu’il contient ce médicament??? Un miracle, certes, mais les miracles de la science ne durent pas éternellement, quelques heures plus tard, c’était reparti pour un tour, mais cette fois-ci débrouille toi cocotte, Abder, je ne le voyais plus, en plus le groupe s’était dispatcher, une partie s’en est allée par la montagne, quant aux derniers dont je faisais partie, nous sommes passés d’oueds en oueds. La nuit commençait à tomber, et nous étions encore loin du but. Chakib et Yaya, sortis de nul part, sont venus à notre rencontre, à ce moment là, je ne me posais même plus de question, Allô mon cerveau??? personne à l’appel!!!. Quand tout à coup, lorsque je ne m’y attendais plus, j’aperçois les feux d’un véhicule avec Belkacem à son bord. Hourra!!!! sauvés!!!! Il sont venus nous chercher. J’étais prête à embarquer, quand Krimo, intervient et me dis : » Myriam, tu sais il reste à peine 1 km de marche, ce serait dommage de ne pas finir !!! ». Mais qu’est-ce qui m’est passé par la tête à ce moment précis???, je l’ai écouté!!! Chose très importante à savoir, dans ce cas d’espèce, ne faites jamais confiance à personne, encore moins à votre cousin, car ce fut le kilomètre le plus long de ma vie. Je sais qu’à mon niveau, je ne sais pas bien apprécier les distances, mais là, je sentais bien qu’il y avait bien plus d’un kilomètre. Désagréable???, non je ne l’étais pas du tout, j’avais juste des envies de meurtre, si j’avais eu le cou de Krimo entre mes mains, j’aurais encore trouvé la force de serrer pour l’étrangler. J’étais à bout, Yaya, m’encourageait, je l’entends encore, oh! mais j’étais de très mauvais poil. Arrivée au bivouac, tout est allé très vite, Krimo a embauché du monde pour monter ma tente, avait-il quelque chose à se faire pardonner?.

Le repas super rapide, et le coucher encore plus.J’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil, j’avais l’impression de baigner dans une piscine glacée, je n’ai pas dormi de la nuit, et le matin j’étais bien sûre incapable de me lever, encore heureux que la ballade du matin était facultative, alors j’ai attendu que le soleil chauffe ma tente pour sortir le bout du nez, et je découvris que Imane était elle aussi restée au campement. On profitait de cette accalmie pour se reposer,et, quand le groupe a réapparu, le courage et la motivation ont refait surface comme par magie. Pour me rassurer, Krimo m’annonce que les derniers jours de marche seraient tranquilles, le plus dur étant derrière nous. Pouvais-je lui faire confiance sur ce coup???. Nous commencions à nous rapprocher de Tam, et nous repassions par le chemin parcouru la veille, mais que je n’avais pas eu la chance d’admirer pour cause de nuit noire. Incroyable, un paysage rempli de verdure et d’eau ruisselante, une immense palmeraie perdue au milieu de nul part. c’est ce qui fait la beauté et l’éternelle attraction que j’ai pour le désert, un véritable défilé de paysages contrastés. La vraie ballade commençait, le plaisir était au rendez-vous, l’ambiance aussi était beaucoup plus relâche. Nous arrivions assez tôt à notre bivouac, encore un oued magnifique, véritable paradis sur terre. Chacun s’installait tranquillement, la détente nous avait enfin fait la surprise de s’installer. J’étais au paroxysme du bien-être et même du bonheur, sensation que l’on aimerait vivre non- stop. Quand je repense à ce soir là et aux autres qui suivirent, j’ai l’impression de voir défiler un film au mode ralenti. Djahida et moi avions planté nos tentes face à celles d’Imane, Anissa et Abder.A l’occasion de l’anniversaire d’Abder, ce dernier décida de faire un feu près de nos tentes afin de pouvoir tous se réunir autour, le soir venu. Magique, ce soir commença par la prière récitée par Shériff (c’était la première fois que j’entendais quelque chose d’aussi beau), s’en suivirent un foisonnement de blagues, et personne ne démentira, celles de Djelloul ( Mister Blagues intarissable dans ce domaine), étaient surprenantes et finalement très marrantes, d’ailleurs je le soupçonne de constamment improviser, puis Mustapha Kouba nous interpréta une chanson, dont je n’ai rien compris, mais l’émotion, elle, était bien présente. Nasser et sa bonne humeur permanente relança l’ambiance avec son répertoire de chansons joyeuses et entraînantes, tout ceci avec un tamtameur de choix, Nafah( très habile avec un bidon jerrican).Quelle soirée!!! Le lendemain, le réveil était programmé beaucoup plus tard, grasse matinée quoi!!!. Vu le nombre d’heures que nous marchions dans la journée, cela laissait présager un rapprochement de la ville et donc du départ…. Mais ce n’était pas le moment d’y penser, il y avait encore des tas de choses à voir et à vivre. Visite des gueltas d’Imalaoulaouen, encore un grand moment de rafraîchissement, l’endroit est fantastique mais hélas spolié par des graffiti de toutes parts. Ensuite, traversée magique d’une forêt de canyons d’une couleur incroyable. Djahida me prodiguait des cours d’arabe sur la route, d’ailleurs j’ai appris des choses très intéressantes. Le temps??? je ne le voyais plus passer, et nous voilà déjà arrivés au bivouac, mais ce n’était plus possible!!!! nous n’en faisions pas assez, mes jambes en redemandaient.Krimo me dit alors :  » Profite de ce temps précieux de repos et laisse toi vivre », ce que je fis et ce, s’en me faire trop prier. Notre bivouac, s’était transformé en campement digne du Club Med, tentes contre tentes, dans un alignement presque parfait. Krimo et sa bande comme tous les soirs entamaient leur partie de « Goinche », avant le repas, les jurons fusaient comme tous les soirs, mais je n’ai jamais su qui trichait tout au long de la semaine.( Eh,chuut… ne lui dites pas mais je crois que c’était Krimo). Après avoir englouti encore un excellent repas, nous nous sommes tous installés autour du feu, et là, recommençait les chants et blagues sans fin de Djelloul. D’ailleurs Djelloul, malgré les demandes et supplications, tu ne nous as jamais vraiment raconté la vraie version de la blague des escargots, apparemment racontée par Omar de manière très édulcorée. L’ambiance battait son plein, quand le moment le plus magique de la soirée arriva. il y a toujours un moment magique dans le Sud, et ce soir là, Lahcen, notre chamelier en était l’instigateur, en nous interprétant des chants touareg. Woaou!!! sa voix??? je ne sais pas comment l’exprimer par des mots, venait de loin, au plus profond de lui même, aucun bruit n’entravait ses chants, juste des crépitements des braises sur le sable.C’est le genre de soirée que vous souhaiteriez éternelle, hélas, toutes les bonnes choses ont une fin,malgré tout, la nuit s’installait dans la douceur et l’invitation aux rêves. Le jour qui suivait était notre avant dernier jour de marche, réveil très cool, marche dans le même état d’esprit. Un grand jour que ce jour là, ma première chevauchée fantastique à dos de dromadaire. Jusqu’à présent, les seuls animaux sur lesquels j’étais montés, n’étaient que les animaux d’un manège qui s’installait vers chez mes parents 2 fois par an. J’avais une peur bleue, et une seule envie m’animait, Descendre!!!!. le pompon, ce n’était pas un tour supplémentaire gratuit, car de toute façon, je pense ne pas réitérer la chose. Enfin, je l’ai fais, encore un grand moment de solitude, dans le froid, car là haut il fait froid. Ah!!! notre avant dernier bivouac, sympa, plat, plat à perte de vue, il fallait encore faire des kilomètres pour les commodités, enfin, si vous voyez ce que je veux dire. Ce soir là, mon coucher se fit de très bonne heure, il faisait froid, le vent se levait, je pensait un peu lire, vu l’heure, et bien je me suis endormie 10 minutes plus tard. Serait-ce la fatigue de la semaine qui commençait à se faire ressentir??? Nous attaquions la dernière journée de marche. Déjà!!!! Nafah, Imane et Marzac( ne s’étant pas remis de ses blessures), nous abandonnaient pour la journée afin de rejoindre la ville pour confirmer leurs vols. Nafah partait normalement le soir même. Nous commencions à longer la piste carrossable qui menait tout droit à Tam, les pistes rocailleuses et difficiles n’étaient qu’un lointain souvenir. une marche matinale courte. Nous arrivions très tôt pour le déjeuner, et comme le soleil avait décidé de nous faire une haie d’honneur, nous en avons profité pour nous vautrer sous ses bons auspices, en attendant Belkacem, Nafah, Marzac et Imane. Oui, le véhicule est bel et bien revenu, mais vide, Ils avaient décidé de rester à Tam, Nafah y ayant retrouvé un ami sur place. La matinée de marche avait été courte, surprise pour moi, mais les surprises ont jalonné notre séjour, alors je ne sais pas si c’est le soleil ou bien le déjeuner qui m’ont mis K.O, mais l’après-midi m’a parut longue, ou bien y allais-je à reculons, sachant que je ne voulais pas trop rentrer. En plus, signe que la ville s’approchait, tous ceux qui avaient un téléphone, cherchaient désespérément le réseau. C’est d’ailleurs Smaïn, qui eut l’occasion de joindre le premier sa famille, et qui nous annonça un attentat survenu la veille, non loin de Bouchaoui. Dans le désert, on perd toute notion du temps et surtout du monde qui nous entoure. On a juste l’impression d’être à l’abri dans une bulle, et boum!!!! la réalité souvent désastreuse vous met une sacrée gifle, qui vous replonge en 1/4 de seconde dans notre quotidien pas toujours rose. Bienvenue dans le monde réel!!! Au matin, Djahida nous avait prédit de la pluie pour le soir, mais personne n’y avait prêté oreille. Comme d’habitude arrivés au bivouac, nous installions nos tentes, faisions notre semblant de toilette( car finalement, nous n’étions pas si sales). Nous étions impatients du retour de nos trois fugueurs de la journée. Un véhicule arriva, il s’agissait de « Momo », le fils de Mohamed Zaoui, que j’avais eu l’occasion de rencontrer lors de mon dernier séjour à Tam, et chez qui nous allions le lendemain avant notre grand départ pour la Capitale. Juste avant le dîner, nos fugueurs ont refait surface. quelle joie de les retrouver, car leur présence m’avait manqué tout au long de la journée. Ils avaient un peu tardé, s’étaient perdus, avaient recherché désespérément le bivouac,…., au retour c’était décidé, Nafah, nous quittait ce soir après le dîner, il partit tôt afin d’attendre son avion, mais son avion, lui ne l’attendait pas, mais surtout pas d’étonnement, ceci fait partie des impondérables à Tam, alors il revint quelques heures plus tard, tant mieux comme ça nous finissions le circuit au complet. Enfin, quelle dernière soirée, arrosée des interminables blagues de Djelloul, qui ce soir là était littéralement intenable, nous avons veillé très tard, et une fois au lit les prédictions de Djahida se sont révélées vraies.La pluie!!!!, une goutte, puis deux, puis plusieurs, ce qui entraîna un grand déménagement nocturne. j’ai appris par la suite qu’une seule personne avait dormi dehors, il s’agissait de Nafah, qui afin de s’abriter des gouttes s’était glissé sous la toile cirée. Une nuit encore courte et bruyante, et je ne dis pas cela parce-qu’Imane dormait à mes côtés, mais à cause de la pluie et du vent qui s’écrasaient sur la toile de la tente.C’était bel et bien notre dernier réveil dans le désert, 3 heures nous séparaient de Tam, de la ville, enfin je n’étais pas trop pressée de la revoir, mais bon, il y avait aussi la douche, qui s’avèrerait sûrement le plus grand moment de plaisir de cette fin de matinée. A peine avions nous démarré qu’au loin j’apercevais déjà un véhicule à l’arrêt, mais de qui s’agissait-il???, j’entendais des rires et des cris de joie, ce n’était autre que le président de l’association , monsieur Daimallah, qui ne se fit pas prier très longtemps pour rejoindre la ville en compagnie du groupe. Déjà, on sentait l’approche de la ville, des centaines de sacs plastique nous tendaient les bras comme pour nous souhaiter la bienvenue, rien de magnifique comparé aux choses formidables que nous avions pu voir tout au long de notre circuit. Nous rejoignions le camping  » Youf Ahakit », où nous étions conviés pour la douche, le déjeuner et le dîner. Douche??? très rapide, maximum 5 litres par personne, certes douche froide, mais après on sent beaucoup plus léger et propre, même si la propreté est toute relative. « N’y a-t-il pas que les sales qui se lavent??? dixit Dahmane ». Bizarre, le déjeuner attablés, j’avais un peu pris l’habitude de m’accroupir ou bien de m’asseoir tant bien que mal sur le sol.Notre jour d’arrivée à Tam., n’était autre qu’un vendredi, jour de la grande prière, le centre ville ne ré ouvrait ses portes qu’à partir de 16h00. Certains sont allés à la mosquée, pour les autres, repos ou sieste, moi qui ne voulait pas en faire je me suis surprise à en faire une, et plutôt à rallonge. Nordine, nous a gentillement déposé en ville, sinon nous serions peut-être arrivés le soir. Ça y est les filles sont lâchées dans la ville, où l’on trouve vraiment de tout. La championne du monde des achats compulsifs, j’ai nommé, Imane, encore pire négociatrices que les négociateurs eux-mêmes.En ce qui me concerne, le retour à la vie citadine, ce n’était pas trop ça, d’autant que ma douleur qui m’avait laissée en paix le reste de la semaine, avait décidé de se remanifester ce jour là. Appels incessants de Djahida pour trouver le docteur Abder, car pour elle il s’agissait d’une véritable urgence. il fallait qu’il nous rejoigne au camping, et surtout, il ne s’agissait pas de traîner. Encore 1000 excuses Abder et Djahida, je vous ai gâché les derniers moments de plaisir et de farniente. Bien sûre, après absorption de la pilule magique, tout rentra dans l’ordre très rapidement. Ce soir là, Madame Zaoui, nous préparait un couscous, pour lequel elle avait consacré la journée entière, alors que sa fille, venait d’avoir un bébé la veille même. Oui!!!!, c’est ce qui est formidable dans le Sud, le sens de l’accueil et de l’hospitalité. Hummmmm!!!!, en tout cas trop bon le couscous, ensuite, les frères Zaoui nous ont concocté un petit concert, dont eux seuls ont le secret, encore une ambiance d’enfer. Comme dans Cendrillon, l’heure du départ sonnait déjà, et là, il fallait encore marcher 15km afin de rejoindre l’aéroport. je sais que beaucoup n’étaient pas trop motivés pour le faire, mais miracle de l’esprit de groupe, tout le monde l’a fait, sauf Imane et samia, qui ne quittaient Tam. que le lundi suivant. Nous marchions via l’aéroport d’un rythme très soutenu, il faisait déjà bien nuit, et le peu de personne que nous croisions devaient se dire, soit ils se sont perdus, soit leur bus est tombé en panne, mais ne devaient sûrement pas se douter que cette marche était une décision de notre propre chef, enfin plutôt celle de notre chef Krimo. Arrivée à l’aéroport HS, enregistrement des bagages et formalités obligatoires., et nous voici embarqués via notre destination finale, qui marquait la fin de notre séjour commun. le vol??? très calme par rapport à celui de l’aller, c’était le jour et la nuit, en même temps, c’était vraiment le cas.Une fois le pied posé à Alger, c’était clair, le voyage était bel et bien terminé.Le silence régnait dans la salle des bagages, alors je ne sais pas si s’était la fatigue ou bien le fait que l’on se quittait ( J’opte plutôt pour l’option fatigue), mais tout s’est passé super vite. bagages récupérés, destination la sortie, j’ai raté des adieux, mais avec le recul, c’est beaucoup mieux, ça évite d’éventuelles larmes,…. Le retour au bercail???? Fracassant, je suis rentrée plus fatiguée que je ne suis partie, mais avec un esprit beaucoup plus sain, dans un corps finalement plus sain aussi. alors il est vrai que j’ai pas mal mentionné le fait que j’étais fatiguée, pas toujours motivée, un peu ronchon, mais quelle expérience!!!!!Beaucoups de premières fois pour moi, lors de ce circuit, c’est ce qui est excitant, des découvertes quotidiennes, quelle formidable nourriture pour l’âme. Nostalgique??, oui je le suis quand je repense à tous les gnous, aux bons et mauvais moments, Ah!!! la mémoire, comme c’est merveilleux, en plus elle permet de continuer le voyage, c’est pas géant ça?? Je souhaite remercier Krimo, sans qui je n’aurais pas pu le faire, et qui a mené d’une main de maître ce séjour, ( et ça ce n’est pas parce-que c’est mon cousin!!!), le personnel sur place, toujours très serviables et d’une gentillesse exemplaire, les gnous qui ont su me prodiguer des conseils judicieux et des encouragements pendant les marches, la simplicité et la grande gentillesse de nos guides respectifs, Atmane et Lahcen, la grande sympathie de la famille Zaoui, et pour finir sur une note d’humour, je remercie également la performance de mes chaussures, qui n’ont pas causé de dégâts irrémédiables à mes pieds. Alors les Gnous, à quand la SUITE???……

MOUHOUN MYRIAM

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