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Temoignage de Pragues


 

Par Hamid Bouadjar

10 Mai 2009 notre petit groupe ( Krimo Smail , Mohand Safer , Djelloul Aliane, Farid Younsi , Mokhtar Khemri et moi même ) s’est donné RDV à Pragues pour la 15 édition du marathon. Le groupe venu de Paris avec notre voyagiste habituel se composait de 30 personnes entre participants et accompagnants . Momo , le directeur de l’agence de voyage nous accompagnait .
Visite guidée de la ville le samedi . Beaucoup de marche ; une guide désabusée par le passé et le présent de la ville . Mais satisfaction : connaissance de Amar Messaoudi , un excellent coureur ( 3heures 32 pour un V3 !!) natif de Bouira et vivant en France .Trés agréable personne .
Mauvaise nuit comme d’habitude à la veille d’un marathon . Mokhtar et moi avions passé la nuit à compter les kms du lendemain .3
Le matin de la course , tendus mais décidés . Mohand et moi démarrons vite pour sortir du sas des 4 heures et éviter d’avoir à dépenser plus d’énergie en dépassant le gros de la troupe . Jusqu’au 35è km , nous étions en avance de 8 mn sur nos temps de passage ( pour terminer sous 3 heures 50 mn ) . A partir de là , le dénivellé du parcours , la chaleur , les pavés et surtout notre premier semi trop rapide ont eu raison de nos dernières ressources . Donc , mur entre le 35è et le 40è . Notre avance de 8 mn s’était réduite à 1 mn . Ravitaillement au 40è : je prends deux sucres : la machine est reboustée et je repars à 5 mn au kilo . Au 41è km , j’avale de travers un pollen détaché des arbres , je m’assois 4 mn sur le trottoir pour tousser et vomir ; j’arrache presque des mains d’une fille qui attendait son ami la bouteille de boisson énergétique qu’elle tenait à la main ; j’arrive à évacuer le corps étranger et re^prend difficilement au mental mais l’élan coupé et les ressources à zéro , je termine tout de même dans la douleur dans le temps moyen de 3.50.35 . Barre des 4 heures tombée : c’était l’objectif . Mohand rentre juste sous 4 heures aussi . Grosse perf de Djelloul qui termine en 3.41 en tombant dans les bras d’une magnifique canadienne qui l’avait accompagnée durant les derniers km . Sacré et chanceux Djelloul . Mokhtar et Krimo finiront en un petit plus de 4h . Mention spéciale et chapeau bas pour Farid qui finit la course ( qu’importe le tps ) malgré une blessure à l’orteil et pratiquement pas entraîné . Un exemple de courage pour nous tous .
Leçons à retenir de ce marathon : pas trop vite le 1er semi , bienfaits du sucre , abandonner la ceinture porte gourdes et gels ( poids supplémentaire , eau inutilisée en raison des points d’eau , nausées et douleurs gastriques ).
Un découverte : Amar , grand champion doublé d’une grande gentillesse qu’on reverra certainement sur un prochain marathon ;
Un grand merci à Hamza qui m’a donné confiance en moi même et sans qui cette modeste perf n’aurait pas été réalisée . Merci aussi à Zoheir pour sa gentillesse et sa disponibilité ainsi que Moha, Toufik , Saida, Amor , Chakib , Redouane , Dahmane , sans oublier Mestapha .
Merci à tous les gnous .
Ne pas râter queques photos du marathon sur le site. Je vous embrasse tous.

Hamid

Témoignage de Farid Younsi

Je ne me doutais pas que le marathon de Prague auquel j’ai participé avec mes amis et coéquipiers Djelloul Aliane, Hamid Bouadjar, Mohamed Safer, Mokhtar Khemri, Abdelkrim Smaïl serait pour moi une véritable épreuve qui parut interminable et fut douloureuse.


C’est pourtant avec beaucoup d’entrain et de plaisir que je me suis aligné sur la ligne de départ aux côtés de Hamid et de Mohamed, alors que Djelloul s’était installé aux avant-postes des sas de départ en compagnie de Amar, un Algérien de Paris habitué des marathons que nous avons rencontré sur place. Quant à Krimo et Mokhtar, ils s’étaient insérés à l’arrière du sas loin derrière, probablement pour ne pas se laisser influencés par un rythme de départ trop rapide.

J’ai commencé à courir avec conviction et l’espoir d’aller le plus loin possible, malgré mes blessures et un déficit d’entraînement important ; dès l’entame, Hamid et Mohamed prirent le large. Mes dix premiers kms étaient prometteurs avec un temps de 58’ ; entre-temps, Mokhtar puis Krimo m’avaient dépassé. A partir du 12ème km, qui coïncida avec un premier passage par le portique d’arrivée (le parcours du marathon est une succession de boucles qui s’enchevêtrent), les premiers signes de fatigue et de douleur se sont fait sentir ; de plus, il faisait chaud (au moins 26° au moment le plus chaud de la journée).

Je termine mon 15ème km en 1 h 30 et à 20 km, je suis déjà à 2 h 02. Au semi-marathon, après 2 h 12’, je suis exténué et je commence à marcher ; c’est la fin de « mon premier semi-marathon » !

Une des caractéristiques de ce marathon est son parcours dont l’enchevêtrement des boucles constitue plus un inconvénient qu’un avantage ; le fait de croiser ceux qui nous précèdent (ou ceux qui sont plus loin derrière) est pour tous un facteur déstabilisateur car l’on n’arrive plus très bien à prendre la mesure de son retard (ou de son avance pour les plus rapides). C’est ainsi qu’au 16 ou 17ème km, j’ai croisé Djelloul, alors qu’environ 8 kms nous séparaient ; un peu plus tard c’en fut de même avec Mohamed et Hamid. L’autre difficulté du marathon est le revêtement de la chaussée en pavés sur une bonne partie du parcours, ce qui est source d’efforts supplémentaires pour maintenir à tout moment son équilibre.

A partir du 21ème km, une longue marche commence qui n’en finit plus ; il n’est plus question de me préoccuper du chrono mais de gérer plutôt les quelques ressources physiques qui me restent. Dois-je abandonner ou continuer ? Je n’ai eu de cesse de retourner dans tous les sens cette question, me disant que j’étais insensé d’être venu à ce marathon. Les deux pieds me font mal et, ajouté aux blessures (dos, orteil) qui l’une après l’autre se « réveillent », j’en contracte d’autres.

J’ai beau boire de l’eau à tous les ravitaillements, la gorge est sèche et le souffle court. Des crampes et des vertiges s’emparent de moi au 30ème km, j’ai alors une envie pressante d’arrêter ; un secouriste m’asperge les jambes de spray anti-crampe, je lui réclame de l’eau mais ne m’en donne pas. Je continue jusqu’au point de ravitaillement suivant, 500 mètres plus loin. Les vertiges me font tituber, je m’arrête alors plus de 10 minutes ; une secouriste me propose même une ambulance, que je refuse après hésitation.

Après avoir consommé un gel énergétique, je retrouve un peu de forces et me convainc qu’il faut que je termine le marathon « à pied », c’est-à-dire en marchant ; les kms à parcourir sont longs, très longs. Il y a autour de moi, de moins en moins de coureurs et de plus en plus de marcheurs, nous sommes de plus en plus clairsemés et chacun, dans sa solitude, essaie de progresser jusqu’à la ligne d’arrivée.

Ma progression se fait lente et certains marcheurs me dépassent également. Je me sens fini et doute même d’être capable de courir. Le 39ème km est atteint et je me mets à « rêver » de la ligne d’arrivée. Et si je me remettais à courir ? J’ai bien envie d’essayer mais j’hésite. J’en ai marre de me faire « doubler » ; je serais bientôt le dernier. Le panneau annonçant le 40ème km est en vue. Je me dis que là je n’ai plus qu’un dixième de la longueur du marathon à parcourir ; je « m’élance » en courant et je m’aperçois que je tiens toujours sur mes guiboles, je tais mes douleurs et me vois remonter peu à peu plusieurs concurrents. Je termine ainsi cette épreuve et franchit en courant la ligne d’arrivée.

Il est vrai que l’arrivée d’un marathon est toujours un moment fort d’émotion, la fin des souffrances et malgré tout, la satisfaction d’y avoir résisté. Je sais que mes coéquipiers ont terminé depuis longtemps ; je les rejoins avec une démarche incertaine, eux ayant déjà récupéré.

Les paroles de réconfort qu’ils m’adressent me font peu à peu oublier les souffrances. Je suis admiratif des performances de Djelloul (3 h 40’) et de Hamid (3 h 50’) ; ils avaient tant préparé cette course en y consacrant beaucoup de temps que ce n’est que juste récompense. Safer, une « valeur sûre », est descendu en-dessous de la barre des 4 h également. Mokhtar et Krimo ont beaucoup souffert des conditions difficiles du marathon et ont eu aussi beaucoup de mérite, n’ayant pas eu assez de temps pour se préparer.

Ce fut tout de même une belle aventure, et l’ambiance qui a prévalu dans notre groupe y est pour quelque chose. Nous avons vécu ensemble pendant cinq jours, voyagé depuis Alger dans les mêmes avions, partagé nos inquiétudes, nos recettes, et avons évacué ainsi le stress au fur et à mesure que je jour J approchait. Il est certain que sans cet environnement propice, je n’aurais pas eu le courage d’aller au bout de mes limites.

Je remercie chacun de mes coéquipiers ainsi que Amar de Paris que nous avons côtoyé durant ces journées et qui pour son 15ème marathon a fait environ 3 h 31’. Je remercie également tous les gnous qui m’ont encouragé et réconforté en me rappelant la formidable ambiance du BAC qui, malgré tout, est un creuset à partir duquel de nombreux défis sont possibles. En attendant d’autres, bien sûr !

Farid Younsi

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